vendredi, décembre 29, 2006

L'afrique chaque matin

J'aime les accents africains dans le bus. C’est un éclat de rire permanent, des expressions a part entière. Les attitudes courbées des femmes chocolats, celles qui ouvrent grand la bouche pour rigoler, en frappant plusieurs fois dans les mains. Des œuvres d’art à elles toutes seules. Les cheveux nattés souvent, ces femmes aux yeux dessinés ne se soucient pas souvent de vous. Longues filles aux lèvres rebondies, aux visages adoucis en courbes gracieuses, leurs regards sont insoutenables tant ils fixent et délogent votre insolence. Bounty des temps modernes, noires à l’extérieur , blanches à l’intérieur. Une enveloppe de chocolat pour un cœur de noix de coco. Pour leur dents si blanches qui éclairent le matin, pour les tics de langage décalé, pour des attitudes sans gène. La mère qui laisse sa poussette au milieu du véhicule pour prendre trois places avec son fils, est-ce de la confiance ? De l’insouciance ? De la nonchalance , arrête toi de pleurer mon fils, pense à Dieu qui te regarde dhê, qu’est-ce qu’il pense de toi la haut ? Elle dédramatise, elle laisse couler les regards outrés des grands mères allemandes sur la poussette qui trône au milieu de la douce France. Longue fille aux lèvres rebondies, au visage adouci en courbes gracieuses, ton regard est insoutenable tant il déloge l’outrecuidance des vieilles. Elle n’en a cure, elle garde ses accents de couleurs, son habitude de prendre la place tant qu’il y en a. Sculpture vivante, taillée dans l’ébène, femme bois, femme couleur d’une telle ampleur qu’elle en submerge mes matins.

lundi, décembre 18, 2006

Quintessence de la tuyauterie

Je n’ai plus les mots sur moi. Ils se sont envolés, par mes oreilles, par ma bouche, par tous les pores de ma peau. J’ai suinté, j’ai sué des jolies phrases, j’en ai pleurées. J’en ai vomis aussi. Je les aient chantées, aimées, j’ai jonglé avec. Un mot qui va ici, puis la, comme une symphonie, chaque note à sa place, chaque mot dans l’arène , bien ordonnée. Et j’ai pris une douche froide. Les souvenirs vaporeux se sont échappés à travers cette fenêtre, avec le vent trop froid de décembre. Laissez moi transpirer, laissez moi retrouver cette chaleur intérieure. S’il faut que j’en passe par les discussions creuses et les amours d’un soir, et bien que cela se produise.

samedi, décembre 16, 2006

Et la lune ne brille que pour eux

La lune , cyclope femelle . Vissée derrière son œil, elle malmène les malheureuses qui y sont trop sensibles. Elle crève le ciel, un énorme trou blanc de vérité ? Regardez, derrière ce noir, il y a la lumière ? Décrochez moi la lune, tout n’est que fausseté. Ce n’est qu’un cailloux, nullement une vérité.

Si blanche, si pleine, qu’est-ce que tu attends ? Tu gravites, tu tournes a en devenir d’une pâleur maladive. Tu n’es rien d’autre qu’un satellite, un pauvre satellite tourmenté, tourmentant les marées. L’eau monte partout tout le temps, par ta faute. Le sommeil s’enfuit tout les soirs où tu t’exp(l)oses au ciel, repent toi. Repent toi de te venger sur celles qu’on qualifie de lunatiques. Misérable pendue au ciel, fantôme vengeur, tu me hantes.

L'eau maitrisée

Plus le temps passe, et plus je me perds. Je perds mon insouciance, mes mots, mes impressions. Je n’arrive plus à m’en souvenir, je périme l’instant. Je ressens moins, et lorsque cela m’arrive, je le phrase immédiatement. Mettre des mots sur les choses, cela les efface. J’efface le temps qui passe. Et je suis lasse.

Peut-être ai-je remis ma carapace, non pas celle qui me protège des autres, mais celle qui m’anesthésie, celle qui m’empêche de ressentir. Comme si je me coupais volontairement les nerfs en me disant que j’ai moins mal comme ça. Comme si je me persuadais que je pouvais toujours autant attraper l’instant à pleines mains, alors que, sans nerfs… on ne ressent plus rien. La magie d’avoir des mains chaudes et un cœur froid, ça s’appelle couper court au ressenti, ou du moins suffisamment pour pas que ça atteigne la poitrine. Les mains pleines de sang donc, pour continuer de toucher, les pieds en état de marche, mais qu’en est-il de l’intérieur ? Les coudes et les genoux, ces coins coupés de moi. Comme « Dans ma peau », ça ne m’appartient plus.

Et que vive la surface.

vendredi, décembre 08, 2006

Trois Rivières


Ce sont des tas d’histoires écrites sur des claviers. Des claviers de téléphones portable et d’ordinateurs. Des chimères rêvées, adulées et savourées. Des petites filles rousses un soir d’Orage, des étoiles à regarder, des feuilles mortes à caresser, des larmes de poissons à recueillir. Des filles à l’autre bout d’un écran, d’un pays, d’un clavier, de mains pour taper et d’une imagination pour rêver avec moi. Quelle belle invention que la toile mondiale, qui nous lie, nous délie les mains et l’esprit. Un ordinateur comme nouvelle maison, Internet comme porte d’entrée et l’imagination pour salon d’invités. Je trouve vos adresses au hasard, dans l’immense annuaire tissé par le hasard, nous entrons d’un commun accord l’une chez l’autre. Des chinoises des québécoises et des marocaines par milliers, des nationalités effacées, on n’en garde que les jolies choses. Esthètes dans l’âme, poètes aux heures tardives, vos imaginations pour royaume, j’aime vous lire. Conteuses de leurs passés, on explore le futur en grignotant le présent dans un joli salon.

Complaisez vous dans votre cage

Que j’aime avoir l’air snob. La gentillesse, faciès raté, masque de cire trop complaisant, quelle plaisanterie ! A l’heure où les hautaines sont adulées, il n’en reste pas moins dans vos petits cœurs un immense besoin d’amour et de preuve de bonté. Quand les demoiselles sur leur perchoir de maquillage et de sac en paillettes révèlent sous leur plumages de bien tendres intérieurs. Quand leur bouche si close se mue en sourire, quand le brillant sur leurs narines ou sur leurs dents scintillent de pacotille, mon dégoût pour elles croit. Il atteint des Everest de pitié pour ces choses faussement fermées. Car, sachez le, se fermer a double tour est tout un art. Et de mastiquer son chewing-gum en regardant les apparats d’une quelconque rivale n’en fait pas partie. Il s’agit la de faire la plus grande abstraction de la masse humaine. De se plonger dans ses pensées sans se laisser perturber par la misère en chair et en os. Les masses endormies dans les transports en commun, qui s’observent d’un œil mal réveillé mais pourtant si affûté, ces gens la ne sont qu’occupation temporaire de l’espace. Il existe un monde bien plus important. La perception interne. Certains augment le volume du lecteur mp3 pour se laisser porter par les notes, d’autres plongent dans un livre, moi je porte mon regard au dessus, entre les nuages et les toits. Vers l’horizon. Un monde accessible uniquement par moi, je suis inatteignable, je snobe la terre. Je délaisse ce qu’elle apporte, ce qu’elle transporte, ceux qu’elle laisse vivre a ses dépends. Je ne regarde que les hauteurs, comme moi , intouchables. A quoi bon vouloir les atteindre ? Toucher du bout du doigt un nuage, un coin de toit ou la plus haute feuille d’un arbre ? Cela ne grandit pas, mais ça élève.

vendredi, novembre 10, 2006

Voleurs

Cher Papa, chère soeur,

Je vous adresse mon plus profond mépris. D’abord, parce que vous êtes içi. Parce que vous avez triché. D’une manière ou d’une autre, vous êtes en train de me lire alors que je ne vous aie pas donné l’adresse. Toi, Nora, tu aurais trouvé « par hasard en cherchant des images d’épées ». Et toi, Papa, je le sens , c’est tout, a tes allusions débiles comme « j’ai lu ton dernier Pulitzer, pas mal… ». Vous avez triché pour arriver sur cette page, vous avez volé mon droit le plus simple de m’exprimer sans vous. A force de ronger pour connaître des bouts de ma vie, il vous a fallu atterrir là, mais … Je vous emmerde. Je vous emmerde, de quoi avez vous peur ? Qu’est-ce qui motive cette dégueulasse manie qui consiste a fouiller dans ma vie ?
Je vous hais. En manque d’inspiration, noyés dans votre ennui profond, je n’oublierais jamais ma chambre rangée de fond en comble , tous mes écrits personnels triés par ordre de taille sur mon bureau. Garde donc tes idées d’érudit pour toi et laisse moi construire mon monde. Quant à ma frangine avec qui je pensais bon de partager certaines choses, il est évident que ta curiosité grignote sur ma confiance.
Ensuite parce que mes écrits ne vous suffisent pas. Il faut à présent fouiller mes liens, lire ce que j’aime, ce que j’ai déniché, il vous faut voler encore et encore, prendre et comprendre mes goûts. Du vol, pur et simple. Du viol de mes idées, du vol de ma liberté, du voile levé sur mes secrets. Consommez mes mots, vous ne me comprendrez pas plus, nourrissez vous de mes goûts, crevez en la gueule ouverte, je m’appartiens.

vendredi, novembre 03, 2006

404 question not found

J’ai la tête qui tourne. L’odeur de clopes me remonte le long des poumons, je sens mon estomac qui se serre. L’impression d’avoir quelque chose dans le nez, comme une chaleur désagréable, qui ne veut pas partir. Alors je sors, voir les étoiles. La lumière de sécurité s’allume automatiquement et je vois mon ombre qui titube pour moi . Les pavés par milliers me narguent. Ou suis-je ? Juste sous les étoiles, dans le froid, dans mon haleine surchargée de tout qui se blanchit au contact de l’air. Après tout , je l’ai cherché n’est-ce pas ? De débauches en débauches, j’ai ingurgité toutes sortes de substances, liquides ou vaporeuses. A quand les petites pilules pour planer ? Pour le moment je tangue, mes jambes me trahissent, et dans ma tête, des millions de questions, de remarques. Tu t’es vue quand t’as bu mais tente de marcher droit ma pauvre fille non asseye toi ça vaut mieux moi je dit qu’elle doit rentrer mais les autres s’en foutent après tout et le débat fait rage sous mon crâne , ma tête s’explose en milliers d’étoiles sur la table de pierre. Je m’allonge , je caresse la pierre qui me prend les reins avec une froideur maladive. J’ai froid, je sens ma peau qui gèle, c’est désagréable. Pourtant , les questions éclatées s’accrochent aux étoiles, aux gouttelettes d’un sein échappé du ciel. Je hais les questions. Je hais les points d’interrogations. Je n’aime pas les poissons. Je hais les débats houleux dans ma tête. Je préfèrerais laisser les bateaux tanguer, et le mal de mer aux marins. Je n’aime pas l’eau. C’est pourtant ce a quoi j’aurais du me cantonner ce soir. J’essaie de fixer mes yeux sur une étoile. Rien n’y fait, elle semble bouger d’un coin du ciel à l’autre. Je sais pourtant que mon organisme me joue des tours. Depuis la rentrée, j’ai cessé de croire en la magie du corps, depuis que je me force a apprendre les cellules et tout ce qui peut composer l’infiniment petit. Mais j’avoue que je sèche tout les cours de système planétaires, pour ne pas perdre ce qu’il me reste d’amour et de rêves en calcul d’apesanteur. Mes yeux n’acceptent pas de rester en place , et lorsque je les ferme, mon corps s’enfonce dans la pierre et je me fonds froidement dans la table. Mais je refuse de servir de support de pique nique pour le restant de ma vie, cette table en pierre ne sera pas tombale, alors je me lève. Et après ?
Les volutes de fumée me donnent la nausée, la voilà enfin celle la . Je décide d’aller me coucher dans un des nombreux lits inoccupés, en prenant garde de ne pas me faire manger par l’escalier boisé. Tant bien que mal, je monte, vers le repos, vers la rédemption, vers la libération, vers la clef de la prison dans laquelle je me suis enfermée. En poussant la porte des toilettes, je réalise que je serais toujours seule dans ma peau, sous mon épiderme, et mes tripes ( et mon bon sens ) me forcent à me pencher sur la cuvette. La tête dans les toilettes, je sens quelques larmes qui coulent, comme pour laver mon existence. Mais l’existence, parlons en. Je ne l’aie jamais autant sentie que dans ces moments la, à vider mes tripes et boyaux, à sentir toute ma putain d’humanité passer à travers les spasmes. Je ne suis rien d’autre qu’un corps, et quoi que je fasse, il me sera repris. A travers ma bouche qui s’ouvre, je rejette la mort, je rejette toute la peur insensée de mourir un jour. Je sors toute la crainte et les points d’interrogations, avec plus ou moins de mal. Finalement, je me relève, mais plus rien ne bouge. Tout est clair, mon organisme a repris le dessus. L’eau que je porte a mes lèvres n’a qu’un goût égal. Elle ne m’est plus désagréable. Et lorsque je me regarde dans le miroir, je ne fais que me voir. Aucun point d’interrogation ne me saute a la figure. Je suis . Je ne me parle plus. Je le sais, je souris. Je suis heureuse. Un bonheur m’envahit, chaque chose est à sa place, la ou elle devrait être. Je suis. Je ne suis pas seule physiquement, mais je suis comme jamais.
Julien est vaguement la , sur le lit avec moi. Puis dans le lit sur moi. Je ne bouge pas, je ne pense pas, je froisse pas l’instant de plénitude intérieure. Julien lance des questions, j’y suis imperméable. Je suis un magnifique pot de fleur , je suis la ou on a bien voulu que je pousse, et je pousse sans me poser de questions. Je fleurirais lorsque la saison viendra. Je suis. Je ne pense même pas a être un pot de fleur, je sens que je suis un pot . De fleur, ou de ce qu’on veut. Je perçois Julien qui s’en va, encore trop plein de questions alcoolisées. Je reste allongée dans ce lit. Je suis .

vendredi, octobre 27, 2006

fucking time.

Le temps passe, cruellement. La valse du temps ne s’arrête jamais. On tournoie, on en perd la tête, les pas se compliquent. On apprend à danser, cela prend des années, puis, lorsqu’on connaît le rythme, tout s’accélère, on se tord la cheville, on boite, on change de partenaire. On danse avec des plus ou moins élégants, des attentifs ou bien avec ceux qui s’occupent de ne pas tomber. On a droit à sa petite heure de gloire, et puis. La valse s’arrête. Ne reste alors que ceux qui voudront bien se souvenir de tes pas pour pleurer.

lundi, octobre 23, 2006

La danse des aiguilles

Dans cette maison, il suffit de se taire pour les entendre. Pour les habitants, c'est devenu une habitude, ils ne les entendent même plus, mais un visiteur attentif tiquera. Elles sont là, plus ou moins grandes, à quartz, électrique ou à piles. Elles montrent le temps qui s'écoule, celui qui passe, cruellement, lentement, cela dépend.
Dans la cuisine, temple blanc de la colère éclatée, les montres s'affichent, elles sont 4, dont 2 danseuses. Les silencieuses électriques veulent des pendules à l'heure à la moindre panne de courant, et leurs chiffres criants semblent dénoncer les minutes qui osent s'écouler depuis qu'elles sont déréglées. Elles crient en silence, les électriques.
Mais si on ferme les yeux pour ne pas voir le temps qui s’enfuit, les danseuses rappellent à l’esprit chaque seconde qui court. Les danseuses ne sont pas accordées, quand l’une manque une seconde, l’autre finit la sienne en demi. C’est une danse perdue d’avance, en demi-ton, en demi-temps. Les aiguilles piquent et perdent leur temps à se rattraper sans y arriver, à danser sur leurs talons hauts perchés. Les talons aiguilles qui s’enfoncent dans les demi-secondes trottinées.

Eine melodie im wind

C’est à peine il y a quelques minutes que tout refait surface. Comme un pan de ma vie effacé. Cette chanson qui retenti pendant que je tente de m’endormir, il aura fallu être dans la pénombre pour que me reviennent ces années. Celles de l’insouciance, celles où je buvais à la santé de la prof de littérature, celles où j’écoutais en boucle un groupe périmé à présent, l’année des amis égoïstes. Celles où je pouvais me permettre d’avoir des amis dangereux puisque j’en faisais partie. L’égoïsme clinquant, qui me revient comme un songe, des visages, des objets, des odeurs, des mélodies écoutées en boucle dans une chambre, des paroles murmurées en classe, des regards complices, des fous rires ostensibles et m’en-foutistes. Je m’en foutais, de tout. Et eux aussi. C’était merveilleux d’insouciance, et de pseudo-invincibilité, c’était pédant.
Toujours cette mélodie.. Si je devais mettre un visage dessus, cela serait celui d’Hélène. Le temps d’un album, on entre dans un univers avec ses propres lois, on apprécie les chansons, on réécoute le tout où on passe à autre chose. Moi, j’ai vibré sur chaque note, puis dans la logique d’une fille terriblement passionnante, mais qui, comme toute personne passionnante, est terriblement égoïste. Se laisser aller à l’écoute d’une composition, d’un genre à part, d’une fille proclamée, « c’est comme si on s’était trouvées ». A se chanter les paroles d’un bout à l’autre de la salle, nous n’étions rien d’autre que deux ados qui n’écoutaient pas les cours, se forgeant des souvenirs plus ou moins tenaces. Bien sur que le temps passe, et avec le temps, les goûts, musicaux ou autres. Bien entendu, ce n’est pas quelque chose qui a duré, mais en ce temps là, tout notre mépris pour le monde primait sur une quelconque raison ou perspective d’avenir. Nous étions bien, et ce n’est pas de l’ordre du regret, juste un agréable souvenir, le temps d’une mélodie dans le vent.

jeudi, octobre 19, 2006

Différence

Quelle est la différence entre un rêveur, un fou et un psy ?


Le rêveur construit des châteaux dans le ciel,
Le fou y habite,
Et le psy encaisse le loyer.

mardi, septembre 19, 2006

Drowning lessons



C’est comme lorsqu’on remonte a la surface après un bout de temps. Le moindre bruit, ne serait-ce que le clapotis de l’eau, tout prends une ampleur démesurée. Je ne t’en voulais pas. Je t’aimais encore. Comme on tient à sa meilleure copine. Je me suis dit que le temps efface tout, que la terre continue de tourner, que la mer lèche le sable et qu’il ne reste aucune trace.
La en bas, dans l’eau froide et fascinante, je me suis dit que je t’aimerais toujours, non pas l’amour que se portent les jeunes filles et qui va en grandissant. Quelque chose de plus profond, si bien que d’en imaginer que cela s’arrête quelque part, ça me donne le tournis. Une enveloppe d’eau noire et muette, une sorte de dévotion haineuse pour ta personne. J’aurais plongé tout au fond si tu me l’avais demandé. Avec dégoût et passion. Peut-être ressens tu la même chose. Mais tout compte fait - les faits comptent- on dirait que non. Dans les faits, on dirait que tu t’en fous, qu’inlassablement tu vas continuer à me faire mal. J’ai bien dit on dirait.
J’exagère sans doute, mais je suis comme ça, extrême. La vérité c’est que comme moi, tu n’es pas foutue de voir les limites. Comment pourrais tu voir les miennes alors que moi même je n’en ai pas ? En a-t-on seulement ?
J’aimerais pouvoir te tirer dessus, te tuer, mais tout ce que je sais faire, c’est baisser mon arme et tirer dans l’eau. Ca m’éclabousse, et puis ça sèche. Tu me regarderais avec tes grands yeux et on se jurerait encore qu’on s’haime. Mais on ne sera pas passé loin, comme d’habitude. Pas loin de la mort subite de notre amitié. Et on attendra ma prochaine envie meurtrière. Je suis lâche moi aussi.

C’est pour ça qu’on coule, parce qu’aucune ne rattrape l’autre.

dimanche, septembre 17, 2006

Plumettes

La douceur d’un chat, ses caresses, son désir de se frotter a vous, ses yeux ronds et calins, tout ça, c’est tellement doux. Doux avec un grand D qui forme le ou . Ce X inexistant, qui n’apparaît que lorsqu’on l’écrit. A croire que la douceur recèle de trésors et de lettres cachées. Parce qu’après tout , un chat, c’est comme une lettre d’amour. C’est si doux, plein de surprises et de réactions inattendues, la retourne dans ses mains, on caresse le papier, le pelage. On explore le corps littéraire, le corps animal. Et plus ça ronronne de bonheur, plus on jubile. Je t’aime. Tu m’aimes ?

Et crie le moi encore.

Je lis dans tes pupilles dilatées ton écriture griffées sur ma peau. Je sens comme une chaleur pleine lorsque tu plantes tes dix petits doigts crochus sur ma poitrine, j’enfonce mon visage dans le papier volant de notre union. Je me noie en toi . Confortablement installées dans les fauteuils rouges de la passion, on regarde le rideau tomber, celui de la pièce de théâtre si mal jouée depuis la nuit des temps. Le public aime pourtant ce moment, celui ou tout bascule.

Celui ou le chat, comme la lettre d’amour retrouvée dans une boite grise, enfonce trop ses griffes. L’instant où tu grimaces de douleur, parce que ta peau est trop fine a cet endroit, peut-être pas celui du cœur, tout dépend de la personne. Peut-être as tu mal au cou, parce que le chat est installée comme une écharpe et que les baisers fougueux décris te marquent au fer rouge. Baiser passion. Ou alors tes épaules frissonnent, il manque ces mains qui les entourent, et l’animal tant désiré ouvre ta chair. Ouverture d’un baiser sur une scène manquée. L’amour baise au fer rouge.

( Ou la lune tardive m'inspire)

vendredi, septembre 15, 2006

L'eau coule sous les ponts

Un coup de neuf pour le blog. Tout est bleu, tout est aqueux.

J'ai laissé tomber l'espoir vert et les commentaires.

Par envie, coup de tête, girouette que je suis .

vendredi, septembre 08, 2006

à Perte de vue

Des pommes. Des pommes à perte de vue.

Des rangées de pommiers, qui s’étalent sur les vertes collines. Des fruits pleins, qui n’attendent que d’être cueillis, qui continuent de pousser au bout des branches. Pour cela, il faut du doigté, de l’intimité. Ces grosseurs rouges qui parsèment le feuillage foncé, il faut savoir les prendre en main, les détacher de l’arbre. Les arracher à la nature. Puisque c’est le destin de la pomme de tenter, je cueille, encore et encore le fruit interdit. Lourd, ferme, lisse et rouge. Gorgée de soleil, de vent et de nature, mais aussi de tentation, la pomme est délicate. Le patron explique que c’est plus fragile qu’un œuf. En effet, il me suffit de la serrer un peu pour que je sente quelque chose céder sous mes doigts. Quelque chose d’irrémédiable, comme pour me dire : « Tu m’as touchée, avec ton indélicatesse purement humaine, tu es fautive. Tu le savais pourtant. C’est la raison de ta présence ici . Et pire encore, tu continues de pécher. » Je continue de pêcher dans les vergers. Alors je me promet de faire plus attention la prochaine fois, pour la prochaine pomme. Et je la dépose dans la sacoche sanglée sur mon ventre. J’avance d’un pas, j’observe le pommier et j’écarte doucement quelques branches. Doucement , pour lui demander la permission d’entrer, pour qu’il m’accepte en son sein et qu’il me permette de le déflorer. Les feuilles me caressent le visage et je tend mes mains vers les fruits interdits : prendre à pleine main et soutenir la pomme, savourer l’instant. De soupeser une chose si fragile et si ferme a la fois, c’est se donner l’impression de tenir le sort de l’Homme au creux de la main. En détachant de la tige, je brise le serment et amorce le compte a rebours des instants qu’il lui reste à vivre. Pauvre pomme qu’est l’homme.

Lorsque mon sac est plein, je dois le vider, il pèse sur mon ventre et sur mes reins. Mais il faut prendre garde lorsqu’on déverse les fruits, leur fragilité complique la tâche, et le bois dur n’attends qu’un geste d’impatience pour faire rebondir les pommes contre les planches du pallox. « Ce sont des œufs que tu vas déverser sur ce bois » me rappelle le patron. Alors je défait le cordon et me courbe pour accoucher de quelques pommes. Je me plie aux exigences, avec patience et attentions, je marche sur des œufs.

Je suis la mère pomme/poule des vergers déflorés et j’accouche doucement des fruits de la tentation. Pourtant, à la fin de la journée, c’est avec hargne que je déverse mon sac et déteste la condition humaine, la pomme si rouge me paraît plus dangereuse que jamais et sa délicatesse me semble être surfaite. Sournoise, vicieuse, et lorsque je croque dedans, c’est comme une plaie blanche qui s’ouvre sous mes dents. Elle n’est qu’acidité.

Dès lors je regrette d’avoir aimé cueillir le matin même, avec la rosée pour compagne.


samedi, juillet 29, 2006

I'm drunk


"Mon fils, ne va jamais faire confiance à quelqu’un qui ne boit pas. C’est probablement quelqu’un qui se croit meilleur que les autres, quelqu’un qui croit tout savoir.[..]"

Putain. Drink75 me tueras toujours. La suite est criante de vérité.

Même si ce ne sont pas ses propres mots, il les trouve, les aime, les retranscrit. Et quoi qu'il fasse, je m'y retrouve, toujours.

lundi, juillet 17, 2006

On m'a déja fait le coup

Chaque été je tombe sur un connard au strabisme étonnant, passionné de photographie qui ne rêve que de quitter sa petite vie d’occidental. Sauf qu’il ne le fera jamais. Et chaque année je me fait broyer par ce genre de connard. Peut-être ont ils peur de moi, sans doute sont ils effrayés de ce que je fais et de mon devenir. Consciemment ou pas. Ils me font mon procès alors qu’eux mêmes ne savent pas qui ils sont .Contradictoires et égoïstes, vaniteux et si peu conscients de leur médiocrité. Ils pensent sans doute produire quelque chose en fixant l’instant sur de la pellicule argentique ou autre, mais le temps file et se dérobe sous leurs doigts. Il est trop tard messieurs, vous êtes adultes, et vouloir arrêter les aiguilles ne vous sert a rien, si ce n’est d’illusion ? Des adultes qui râlent pour le prix de l’essence, pour la responsabilité que je n’aie pas, qui me jettent dans un tribunal où seuls les adultes ém(i)ettent leurs courroux. Des miettes de colère sur la ma tête. Des miettes qui attirent tellement d’oiseaux vengeurs. Dans un premier temps, ça me picore les cheveux, j’ai peur qu’ils me mangent la cervelle, mais il me faudra juste un peu de temps avant de comprendre que ces oiseaux , je peux aussi m’en servir pour m’envoler. Je n’échappe pas plus qu’eux au temps, j’en ai conscience, mais je m’envole au dessus de leur petite cour, je ne veux plus toucher terre.

dimanche, juillet 16, 2006

Les jolies colonies de vacances.

Je me suis faite virer. Le matin au petit déjeuner, c’est désagréable d’entendre ce genre de choses. Pourtant la directrice a fait ça très pédagogiquement et simplement. De la franchise et de la douceur. « Je ne veux pas que tu continues la 2ème session. » En gros casse toi. Alors je me concentre, je sens mon visage qui tremble, j’ai l’impression de donner des coups de pied dans un seau d’eau plein a ras bord. Je sens mon visage prêt a déborder. Déborder de toutes ses sales journées que je passe a quatre pattes dans la poussière ou les miettes. Déborder de ses heures de sommeil ou je tire ma couverture sur la nuit pour pouvoir être debout le lendemain. Déborder de ne pas être comprise.

Ses filles ne me croient pas mais quand les premières larmes s’échappent, elles se contentent de me regarder. A croire que les filles blondes de cette famille ne pleurent jamais. Alors je reprend contenance et je grignote mon croissant en observant les arbres. Les arbres des collines qui paraissent si doux qu’on pourrait s’assoupir dessus. Dormir sur les douces collines d’une colonie de vacances tourmentée. Je demande a la directrice si je pourrais dire au revoir aux enfants. Bien sur me répondent ses grands yeux bleus. Je me penche pour prendre mon verre et déjà la bonne humeur se ré-installe a table. Chacun papote et rie pendant que je me noie dans mon verre. « Tu peux rester le temps que la col0 se finisse pour ne pas perturber les enfants, mais tu n’auras plus le droit de leur parler. »

Ne plus parler aux enfants. Ne plus les regarder, ne plus rire a leurs bêtises, ne plus comprendre ce qui se passe dans leurs têtes mélangées, ne plus s’asseoir avec eux pour quelques minutes de détentes. Je préfère partir de suite plutôt que de continuer dans cette ambiance. 4 jours en communauté, ça peut devenir invivable. Je prends ma place au lavoir et très vite la nouvelle se répand. Plusieurs fortes têtes grimacent et promettent de mener la vie dure aux mono pour moi. Petit Paul aux yeux si turquoises rigole et n’envisage pas la possibilité que je sois sérieuse. Les visages s’attristent , d’autres s’insurgent. Moi, je déverse ma colère dans mes propos. Les animatrices qui m’ont descendue auprès de la directrice en mon absence n’osent pas affronter mon regard( plein d’eau vengeresse ?). Le responsable de toute cette affaire, c’est Nicolas. Et Nicolas est très content ce matin justement. Il a sorti son grand sourire et sa bonne humeur. Il m’avait promis la veille qu’il aurait ma démission. C’est chose faite. Comme quoi il suffit d’être le seul animateur homme pour pouvoir retourner d’une belle œillade toutes les greluches qui composent l’équipe. Mais qu’importe, que Nicolas se noie dans sa suffisance, cela ne lui rendra pas l’autorité qu’il n’a jamais eue auprès des enfants.

Un doute me prends. Je saisie une feuille et écrit mes coordonnées sur une feuille et la donne a Petit Paul, lequel tente de déchiffrer mon écriture griffée. Puis je vais faire mon devoir de personnel de service et m’en vais passer la serpillière dans les chambres. C’est en lavant un lavabo à la javel que l’idée me vient. Je croise les doigts pour que personne ne soit derrière la caméra et pénètre dans la chambre de Nicolas. Je monte les escaliers et aperçois un tas d’habits au sol. Un pantalon noir, un chandail gris et une chemise. Quelques gouttes bien placées suffisent à défigurer le beau pantalon du jeune homme, et une pression du pistolet spécial lavabos javel dégraissant que je n’utilise que trop souvent détruit le joli chandail. Quand à la chemise, elle a droit à deux pressions. Pour m’avoir faite virer. Nicolas, c’est moi qui aie salopé tes fringues favorites. Parce que tu n’es qu’un enfoiré qui m’a fait virer parce qu’il suffit que je dise quelque chose pour que les 50 gamins m’écoutent, et que tu hurles toute la sainte journée sans te faire entendre.

Je fais mon sac avec la fille blonde qui annonce d’une voix frêle « mais avec qui je vais rire maintenant ? » J’en sais rien. Demande a Nicolas tiens. Je retourne en cuisine où 8 gamins m’attendent. « On veut parler à la directrice, on veut pas que tu te fasses virer ! » La directrice en question sourie mais ne revient pas sur sa décision. Certains la fusillent du regard, une autre retient ses larmes pendant que ceux qui restent trépignent et protestent. J’ai l’impression qu’on jette des cailloux dans une mare, et que les ronds prennent de plus en plus d’ampleur.

Pendant le repas, les enfants se lèvent et crient mon nom, refusent de manger, l’équipe « d’animati0n » tente tant bien que mal de les calmer. Quand je leur apporte les plats, ils me bombardent de questions, les points d’interrogations rebondissent sur moi pourquoi t’es virée ? qu’est-ce que t’a fait ? qui t’a dénoncée ? quand tu pars ? tu reviens ? tu nous laisse ?

Je réponds toujours la même chose : Demandez à Nicolas.

Je l’apprendrais plus tard, Nicolas répondra : « c’est parce qu’elle n’est pas assez compétente avec vous ». Ou bien encore « je ne sais pas. »

Pendant que je fais la vaisselle, les enfants s’attroupent au comptoir et me demandent tous mon numéro ou mon adresse. Alexandre pleure a nouveau et Petit Paul commence a réaliser que je vais vraiment quitter sa vie. Moi je ravale mes larmes et je sors ma colère. Plus je parle et plus les animatric s’approchent, pour surveiller mes propos. Je me déplace, le groupe me suit, les adultes fulminent. Soudain ,une forte tête m’annonce que les animatueurs questionnent les enfants pour savoir si j’ai donné mon adresse. Puis la directrice m’apprend que je ne dois donner aucune coordonnée aux enfants. Tout s’enchaîne, tout se met en place pour me broyer, mes os s’écrasent, tout l’intérêt que j’ai porté à ces gosses se retourne contre moi. Que c’est bon de trouver un bouc émissaire. Que c’est agréable, en groupe, de se liguer et de descendre quelqu’un. Je n’avais qu’à me taire. C’est entièrement de ma faute si on en arrive là. Pourquoi n’ai-je donc pas laissé mon sale caractère chez moi ? Profil bas et tout sourire, nettoie et puis c’est tout. C’est alors que les grands yeux bleus de la directrice s’allument et elle me chuchote « S’ils te donnent leurs adresses, je n’y vois aucun inconvénient. ». La nouvelle se répand comme une traînée de poudre et lorsque je passe entre les tables , mes mains se remplissent de petits papiers de différents couleurs. Nicolas ne me regarde même pas, feint l’indifférence. Petit Paul me chuchote qu’il a caché mon adresse dans ses chaussettes parce qu’on a voulu le fouiller.

Le repas avec le(s) peronnelles de sevice se passe dans une ambiance faussement décontractée, avec les 3 filles blondes, la mère directrice enchantée par le soleil, le père taquin et l’équipe contente d’être la. Tous se réjouissent, mon départ semble arranger tout le monde. Une vrai famille par un beau dimanche ensoleillé. Une grande et belle famille à table comme je n’en ai jamais voulu. Je fais de la bouillie de mes légumes et me déplace dans les ateliers pour saluer les enfants. La directrice me retient et m’annonce qu’elle ne veut pas que je les dérange. J’outre passe son avis et embrasse tout ceux que j’ai côtoyé pendant une longue et si brève semaine. Alexandre pleure et Nicolas jubile. Je fais les bises a Petit Paul qui me chuchote entre chaque joue. Je le serre dans mes bras, aussi fort que je peux, j’aimerais ne jamais partir, j’aimerais encore discuter avec Petit Paul et m’étonner de son intelligence et son sarcasme. J’aimerais rire avec Alexandre et jouer aux échecs avec Pauline, je voudrais encore écouter les contes de fées avec les 4 ans, je voudrais finir d’expliquer le communisme a Matthieu, comprendre pourquoi Arnaud fait tout pour être rejeté, comment Joanna a perdu sa mère et pourquoi Guillaume ne parle plus depuis l’âge de 7 ans et …

Mais non.

J’ouvre les yeux et Petit Paul est toujours dans mes bras. Il lève ses yeux si bleus et me demande : « pourquoi toujours l’eau ? » Et puis je pars. Je laisse son point d’interrogation et m’en vais . Je m’en vais loin des familles ensoleillées du dimanche, loin des animateurs incompétents, loin des serpillières, loin des enfants finis avant d’avoir commencé leurs vies.

dimanche, juin 25, 2006

Brrr..


Etre hébétée. Se donner un objectif, une date limite, une épreuve a passer. Et après ? Une fois l’œuvre accomplie, que faire ? Je devais passer mon bac, je devais laisser couler le temps, me battre avec mon entourage et rebâtir quelque chose qui s’était effrité.

Je ne sais toujours pas si je suis apte a être reconnue comme intelligente par la société. Je ne sais pas si j’ai mon bac. A vrai dire je n’ai pas vraiment envie de le savoir. Je l’ai passé. Et me voilà désœuvrée . Instant d’hébétude d’après bataille

Dans ce jeu, je m’y suis mise toute seule, consciemment ou pas. Je n’avais rien appris, m’étais-je sabordée moi-même ? Mon trop plein d’assurance m’avait-il fait miroiter une survie ? Je m’étais jetée dans la bataille, avec l’envie d’une enfant, ne savant pas que j’allais trouver dans mon sac un éventail en papier. Maudites autorités. Face aux jolis calibres, je me suis faite descendre. Question de logique, parce que tout est prag-ma-tique dans ce bas monde.

Alors j’ai recommencé le jeu. J’ai recommencé et j’ai troqué mon éventail de papier contre une petite mitraillette, j’ai changé mon insouciance et l’air frais du matin contre les points d’interrogations et les pots d’échappements. Parce que les éventails ça permet de changer d’air, mais que ça ne protège pas des balles dans le ventre. Mieux encore, mitrailler les points d’interrogations cachés dans la pollution , c’est un coup d’épée dans l’eau. C’est bien pour ça que l’homme sublime tout. Parce que dans le malheur tout son art se révèle. L’art de tenir un éventail, une mitraillette ou de tirer à l’aveuglette.

vendredi, juin 09, 2006

Feu de paille

Je suis une botte de paille imbibée d’eau. Par paquets je pourris sur place, enroulée sur moi-même je m’effrite si on veut me déplacer. Le premier qui tente de me faire rouler se retrouve encrassé par ma boue accumulée.

Et après ?

Qui aime la boue ?

Ai-je envie qu’on l’aime ?

Je ne pense pas pouvoir sécher de si tôt. Les quelques rayons de soleil en sourires éclatés, ça réchauffe. Ça réchauffe l’extérieur, ça redore la paille et ça fait briller.

Un jour quelqu’un m’a dit qu’une image vaut milles mots. J’ai toujours réfuté cette idée. Et pourtant, à l’instant présent, j’aimerais savoir photographier et imprimer pour toujours. Fixer sur pellicule cette lumière, cette chaleur humide, la douceur factice de l’herbe, la paille attirante. Les bottes de pailles imbibées du Ried qui pourrissent en attendant je ne sais quoi.

jeudi, mai 25, 2006

Points

Insomnie. J’ai pris l’habitude de fermer ma porte à clef. Mais qu’ai-je cru ? Insomnie ne frappe pas, cette impolie. Elle se moque des portes closes , au contraire, elle ressort les cadavres du placard. Elle s’installe sur une chaise, bien confortablement et ,intemporelle, commence son interrogatoire. Florilège de questions, les points d’interrogations s’envolent de sa bouche et tournoient dans la pièce. J’ai beau fermer les yeux, je les sens qui rebondissent, s’amusent de me voir froncer les sourcils. Lorsque j’arrive à répondre, la demoiselle s’empresse d’en ajouter deux, ou trois pour la peine. Et rien ne peut les chasser.

Ni la lumière, ni les pages d’un livre, ni l’écran d’un ordinateur. Non, ils m’attendent, collés au plafond, sagement. Patiemment, ils guettent le moment où, lorsque je pense les berner, j’éteins la lumière et me tourne de l’autre coté. Ils ne sont pas phosphorescents, ni menaçants, juste envahissants et bruyants.

Insomnie, elle, continue de les encourager, elle inonde ma chambre et ma tête de sa ponctuation. Qu’en retire-t-elle je n’en sais rien. Je ne peux pas parler tant je suis assaillie.

Un soir pourtant, lorsqu’elle est entrée, je n’ai pas attendu qu’elle s’asseye, je lui ai demandé pourquoi elle venait me hanter. Elle voulait que je réponde, puis elle s’en irait. Comment effacer tout les points lorsque je n’ai aucune réponse ? Je m’endors d’épuisement, mon corps s’éteint brusquement et mon esprit le suit. Je me réveille avec une seule pensée : « ai-je le droit de dormir ? »

Lorsque quelqu’un d’autre dort dans la même pièce que moi, Insomnie s’abstient de me rendre visite, comme craintive de se faire entendre par quelqu’un d’autre. Ce n’est probablement pas dans son contrat que d’interroger mes compagnons nocturnes. Le simple souffle endormi de Cécile faisant fuir Insomnie, j’estime lui devoir beaucoup.

Il faudra pourtant qu’un jour elle s’en aille pour de bon, avec ou sans réponses à ses points. Le temps aide à tout faire passer, paraît-il. Espérons qu’Insomnie n’est pas aussi intemporelle que je ne la soupçonne .

lundi, mai 08, 2006

Lettre a l'égoiste

A l’heure ou les gens se retournent de l’autre coté en espérant pouvoir dormir encore un peu avant de vraiment se lever pour partir au travail, j’écris . Avec pour seule lumière mon écran, plongée dans les ténèbres d’une froideur matinale , mes mains travaillent et traduisent ma pensée. Je pourrais écrire les yeux fermés si je le voulais. Dans mon casque , la musique est entraînante, c’est une chanson que j’ai écoutée a un moment particulier de ma vie , une de celles qui vous redonnent courage et vous font penser que la vie est formidable. Parce que oui ma vie est formidable.

Même si tout les jours je rencontre des gens qui ne comprennent pas le quart de ce que je pense , écrit ou me risque a conter, même s’ils me considèrent comme exceptionnelle mais bizarre , malgré tout ça, j’aime ma vie . Je n’ai pas d’amis a proprement dit . Beaucoup de connaissances, pas mal de copines , des garçons et quelques confidents . Je fréquente les connaissances tout les jours , je parle aux copines pour avoir des sorties a faire , j’embrase les garçons pour ma satisfaction personnelle et je me confie parce que je n’en peux plus .

Cette année , j’ai loupé mon bac . Lamentablement . Et je me retrouve dans un lycée et un internat ou la banalité et l’apparence sont de mise. C’est un jeu d’enfant pour moi : dans un milieu où les citadins ont l’esprit pollué par les pots d’échappements et par un jeu social turbulent, je m’éclate . Je m’éclate a les faire tourner en bourrique , mais je m’éclate aussi sur le sol . Comme un fruit qui pensait rejoindre un panier pour après être dégusté . Moi je me suis éclatée sur le macadam. Et même en compote , je tente de me ramasser et d’en rire . Après tout on est tous dans la même merde. Et cette merde a un nom : béton . Le béton enferme l’esprit , l’imagination et réduit le champs d’action . Le béton entraîne la vulgarité . Je me nourri de cette vulgarité pour mieux sublimer mon quotidien .

Les filles de ma classe, véritables pestes en manque d’inspiration , ont chacune une particularité . Asma a des allures de cerisier chinois en fleur a cause de son visage si blanc et de ses vêtements si noirs , il émane de Laura quelque chose de spécial quand elle parle du ciel, ses cheveux roux s’illuminent ,L’aura. Mon aveugle Lucie porte un nom lumineux , Luciole perdue dans ténèbres , canne blanche et lunettes noires , elle voit son propre monde. Je pourrais continuer et dire ô combien elles sont belles , ô combien ils sont beaux et plein de talents cachés , mais qui d’autre que moi voit tout ça ?

Il suffit de se nourrir de leur médiocrité pour pouvoir mieux les aimer . Les aimer au quotidien pour pouvoir les supporter . Quand la semaine touche à sa fin , je retrouve mes marques et mes confidents , le monde reprend sa teinte hostile , le monde ne me mérite pas et mes amis se doivent d’être exceptionnels ! Les gens de la semaine appartiennent à celle qui doit passer un an avec eux , et non à la princesse qui garde ses sentiments bien au chaud , pas pour moi qui joue avec leur médiocrité et avec leurs faiblesses pour mieux me servir et rendre ma semaine supportable.

Et mes amis sont peu nombreux .Une fille qui porte le nom de l’aube : Aurore. Au gré de ses humeurs, elle m’offre un lever de soleil jaune et rayonnant , des fois elle rougeoie et m’annonce un bain de sang. Une autre demoiselle que j’aime depuis voilà 7 ans, elle se nomme comme la déesse grecque : Anthéa . Une fille que je ne comprends pas et que je ne comprendrais jamais sans doute , ce qui fais sa force et taille sa place a mes cotés , pour le meilleur et surtout pour le pire. Lui donner le titre de meilleure amie serait être hypocrite, c’est elle qui me fait le plus de mal. Pour ça que je l’aime . J’ai un caprice nommé Hugo , l’être le plus versatile que je n’ai jamais connu : mon double , ma voix , ma raison qui porte le même intérêt que moi aux hommes… Comment mon double aurait-il pu aimer les femmes ? non il fallait qu’il aime le corps masculin, que l’on puisse tout les deux comparer , évaluer et trouver de nouvelles défenses , des points communs et des réponses a nos questions… Depuis mes récentes découvertes à propos du sexe opposé , mes rapports avec mon caprice ont changés . A présent , nous pouvons nous dire d’un air entendu ce que nous faisons , nous nous passons d’explications , tout est plus clair même si des fois ne pas formuler les choses crée des confusions .

Officiellement, je me suis offerte a un jeune homme qui a piétiné mon cœur . Ce n’est peut-être pas de sa faute , il ne regarde jamais où il marche , il est bien trop occupé a ne pas tomber . Entre ses draps et son corps , j’ai eu mal pour la première fois . Tout n’étais que douleur : sa douceur et sa confusion , mes ongles que je lui plantais dans le dos par réflexe ( félin ?) , la situation que je voulais parfaite , mes larmes qui coulaient malgré moi et bien des choses encore que j’ai préféré laisser dans sa chambre et sur son oreiller . Etais-ce ça l’amour ? J’en ai conclu que non . Mon amour pour lui n’étais pas traduisible corporellement , ni même verbalement . C’est pour cela que personne ne m’a touchée de l’intérieur . Personne n’a su encore retrouver mon cœur et ainsi me faire perdre ma virginité . Parce que je suis vierge de tout amour véritable , que ma carapace s’offre aux inconnus mais qu’aucun n’atteint ou n’effleure ce que je suis a l’intérieur.

Que faire lorsque vous vous sentez de glace et que les mains des garçons se succèdent sur vos hanches sans effet quelconque ? Pour moi les garçons , ont tous leur degrés de résistance , et leur folie se traduit par la frénésie de leurs caresses. Pas un n’avait compris que je ne ressentais rien sinon l’ivresse de l’alcool en serrant mon corps contre le leur . Pourtant je n’ai jamais voulu qu’ils touchent autre chose que la surface , aidée par des prétextes tels que le manque de protection . Je me refuse a prendre une pilule qui dénaturera l’acte de l’amour pour les garçons . Parce que les garçons sont de passage , et que l’Homme sera tout court . Non pas le prince charmant , mais l’Homme qui simplement me fera cesser de penser un instant . Il faut simplement continuer d’avancer pour le croiser , avancer en testant la folie de ceux qui ponctuent ma vie sans la sublimer . De me plonger dans leur chaleur me rassure , fermer les yeux et sentir l’excitation me flatte. Les soulager de la tension produite par mes soins serait faire retomber l’intérêt qu’ils me portent , tout aussi éphémère qu’il soit . Alors je les écoute me souffler des mots doux qui s’effacent , des phrases sincères dans la seconde , des phrases qui reviennent toujours mais qui ne valent rien . Et mon esprit aime . Pas mon corps , ni mon cœur .

dimanche, avril 16, 2006

Versatile si je veux

Maintenant que la plupart des gens m'ont oubliée, je continue ^^ .

Et le premier qui me traite d'instable.... Ben il a raison .

dimanche, avril 02, 2006

Assise au fond, je sautille sur ma chaise. Je ne tient plus, je rigole, des paroles tarabiscotées me sortent de la bouche, j’ai la patience d’une enfant de 3 ans. Dehors, les rares oiseaux de la ville pépient. Et quel concert ! Piou par çi , piou par là. Je me tourne , me retourne, j’observe par la fenêtre, le ciel s’assombri. Je suis un fil conducteur , toute l’électricité qui peut exister une après-midi d’orage passe par mon corps, mon esprit et mon humour, un peu électrocuté pour la peine. Devant moi, une femme aux yeux bleu javel parle de poésie surréaliste. Elle narre le génie incompris par les futiles que nous sommes. Elle n’a que trop raison. Je suis animale. Et je m’excite au moindre phénomène naturel. Pardon madame. J’aurais aimé pouvoir me concentrer sur la juxtaposition réfléchie.

C’est alors. Que mon cœur s’accélère. Que je sens un souffle froid. Que les oiseaux s’arrêtent de chanter. Que la cloche sonne . Que la pluie s’abat sur la grisaille citadine.

Une pluie. Torrentielle ! Oblique, épaisse, puissante. Elle semble tout dévaster de sa colère. Moi, je me lève, ouvre la fenêtre et comprends que ça ne durera pas. Je range précipitamment toutes mes affaires, je descend les quatre étages en courant ( je ne pense pas à ma peur de dégringoler je ne pense pas à ma peur de…), je cours , je cours. Je ne veux pas en louper une goutte. J’arrive au rez-de-chaussée en prenant le tournant dans les escaliers, je m’essouffle, je sens le courant d’air qui me happe, et. Je percute quelqu’un . Au beau milieu des marches. Je reprends mes esprits et découvre un bouchon de personnes. Ils attendent tous que la giboulée passe. Je refoule mon mépris pour des gens qui perdent tout contact avec les impressions sensibles, et je m’enfonce dans la masse. Je ne dis plus pardon, je pousse, je pique avec mes coudes, mon sac martèle les genoux trop statiques, et j’atteint la porte, enfin.

Aussitôt, je saute dans une flaque a pieds joints. C’est le bonheur. La rédemption. Chaque goutte qui s’écrase sur moi fait partir toute la crasse de la ville. Elles éclatent , étoilées, elles imbibent ma robe , mes chaussures, mon sac de toile, mes cheveux qui serpentent. J’ouvre les bras, j’accueille toute cette colère. Les giboulées de Mars. Et ça repart. Oui mon jeu de mot équivaut a zéro. Je suis consciente que mon humour est à plat. Mais toute cette eau, qui me dégouline, qui trace des chemins, qui me touche, qui gondole mes cahiers. Je rouvre les yeux et réalise que je suis seule à être dehors. Qu’importe , restez donc bien au sec, gardez vos petites chaussures bien propres, vous crèverez du CO2. Ou de vous-même. J’ouvre le portail, et rencontre un sourire.

L’aura. Qui elle aussi, se délecte de la pluie. « J’aime quand l’eau tombe du ciel…(resterait-il une amoureuse sur cette planète ?)Ce que je préfère par dessus tout, c’est l’odeur du béton mouillé. » Je déglutit. Je l’observe. Lui demande si elle est sérieuse. Puis je me lance dans la liste d’odeur révélées par la pluie en temps normal. L’asphalte n’y figure pas. Un jour j’emmènerais L’aura dans un pré après la pluie. Au risque de la vacciner contre son quotidien. Ai-je le droit ? Est-ce un devoir ?

Je cours après mon bus. Dans lequel une petite fille ébahie chuchote de manière indiscrète : « Maman, regarde , une tahitienne ! » .

Non. Une humaine.

samedi, mars 18, 2006

Ascension

Je suis dans son lit. Quelque part sur le sol, l’ordinateur clignote et diffuse une lumière bleutée. On dirait un reflet aquatique. Pour ma part, je suis emmitouflée dans ses couettes et quand je me tourne, je vois la silhouette de son visage paisible à mes cotés. Et pourtant, je ne l’ai encore jamais touché. Et il est dans son lit, avec moi, un lendemain de pleine lune. Il serait encore capable de s’endormir sans prévenir. Il vient d’un autre monde , un monde où le contact physique n’est pas aussi significatif, allez , dormons paisiblement l’un à côté de l’autre, moi jeune homme si charmant avec des yeux verts hypnotiques électriques , moi le sympathique et amusant, moi le beau-parleur. Moi William, je m’endormirais sur commande par pur esprit de contradiction. Tu n’as qu’à me regarder plonger dans le sommeil.

Mais non. Il n’en sera pas ainsi. Alors je le secoue un peu. Je lui réclame une histoire. J’insiste encore et encore. « Bon dieu mais pourquoi tu veux une histoire ? » . Il n’a peut-être pas compris qu’elle ne doit pas forcément être orale. Il peut me conter de si jolies choses avec ses mains, où ne serait-ce qu’en posant ses lèvres dans mon cou. « Pourquoi tu veux une histoire alors que tu as à tes cotés une peluche d’1m80 ? »

Une peluche. Une poupée de tissus et chiffons inertes ? Quelque chose à cajoler qui ne réagira pas ? Et si j’arrêtais mes points d’interrogations ? Je me force , je les chasse , ils ne doivent pas envahir la pièce, j’en vois quelques uns qui s’accrochent déjà aux poignées de portes , ils rebondissent sur le parquet…Maudits points.

Je me tourne vers lui et le sens si près que pour la première fois, même les yeux fermés, je vois une lumière qui éclaire tout mon écran mental. Une lumière éclatante, réconfortante, brûlante de désir et d’envie. J’en aie le vertige. Ma tête tourne, je n’arrive plus à ouvrir les yeux et ma respiration s’accélère. Il faut que je me calme, sinon , je ne pourrais jamais chasser tout les points d’interrogations, qui pour la peine ,ont revêtus une teinte blanche. Et puis il faut que je maîtrise mes gestes. C’est la première fois que ça m’arrive . Avoir le tournis du désir …

Je lui demande si je peux me serrer contre lui. Il ouvre ses bras en me disant oui. Je respire, je me calme un petit peu et je me presse contre son corps si fin. Son épaule m’accueille, mon visage épouse son cou et mes bras l’enlacent, je suis bien, je me sens à ma place. On dirait que son torse a été fait pour moi. Je ne sens plus mon corps, tout n’est que chaleur, plénitude..

Et pourtant, ses lèvres me font toujours envie, si proches. J’entreprends l’ascension du mont William. Ma bouche accroche son cou, elle remonte, lentement . Je veux prendre mon temps. Je veux prendre le temps. Je veux que l’escalade dure, que le sommet, lorsqu’il sera atteint, sois mien . Je veux planter sur ses lèvres le drapeau de mon désir, parcourir les monts enneigés de son immobilité, l’attente endurée n’est plus qu’un souvenir, c’était un pas de plus vers lui. Mes lèvres embrassent timidement son menton, mon cœur s’accélère, j’arrive enfin à destination… Je prends appui sur mes bras et goûte enfin ce jeune homme…

Descente en rappel


L’instant dure une seconde. Je sens un doigt sur mon menton qui me pousse en arrière. « Mais, qu’est-ce que tu fais ? »

Soudainement, tout se déchire. Je me cale contre son épaule, et murmure un « chaipa ? » un peu brisé. Mais j’ai bien compris, et déjà le vent s’engouffre dans ma poitrine ouverte. L’eau déborde de mes yeux, je , je crois que je pleure. En silence. Contre son épaule que j’inonde. Je n’arrive plus à réfléchir. Les seuls mots qui me viennent en bouche sont aussi froid que l’air qui passe par l’ouverture dans mes poumons. « Pauvre conne que je suis. » C’est alors qu’il remarque. Il me serre encore plus, il tente de me réchauffer, il raconte mon prénom plusieurs fois. Mais rien n’y fait. Plus de lumière, plus de désir , plus de drapeau. Maudits courants d’air. Je m’échappe de son étreinte et me retourne de l’autre coté. Je préfère avoir froid toute seule que d’espérer me réchauffer dans ses bras. Et j’inonde l’oreiller. Qu’y puis-je, toute cette eau qui s’échappe de mes paupières, je n’arrive pas à l’arrêter. Je ne sais qu’une chose, c’est que tout recommence. Il me dit des mots que je n’écoute pas. Peut-être étaient-ils sincères. Ils l’étaient sûrement. Il me reprend dans ses bras mais ce n’est plus moi qu’il enlace. C’est ma coquille. Je déclare un « bonne nuit » en tentant de sourire, mais je le sens qui se termine en grimace. Qu’importe. Quelques minutes plus tard, William s’endort, son souffle est régulier. Je n’arriverais jamais à atteindre l’état de sommeil à ses côtés. Il n’est plus celui que j’ai connu. Je me lève et reprends mes esprits. Il me faut m’en aller. Mais où ? Il est minuit passé. Chez moi ? J’habite à une heure à pied. Quelle sera la réaction de mes parents en me trouvant dans mon lit ? Et si je fais une mauvaise rencontre ? Et si je fais du bruit en partant ? Les points d’interrogations s’amusent. C’est le festival , une farandole. Il faut que je rentre avec lui demain matin à l’internat. Je dois donc rester à tout prix. Mais pas dans la même pièce. Â tâtons, je cherche une autre pièce. J’arrive dans une chambre d’enfant et je me glisse sous les couettes. Aussitôt le sommeil m’emporte, et je rêve quelques heures. Je me relève. J’observe le soleil se lever. Puis j’entend le réveil de William sonner. Je reste allongée et je sens quelqu’un se presser contre moi. On me murmure à l’oreille. S’en est trop. Pourquoi être si doux si c’est pour me refuser ?

Je ne dis rien. Je me lève, esquisse un sourire et me prépare pour la journée . Il fait toujours aussi froid dans ma poitrine. Mais le sourire est la plus belle arme qui existe. L’arme qui préserve des déchirements et qui permet de s’auto convaincre que tout va bien. Et que ce n’est pas grave .

Vulgum pecum

Le trajet en voiture se passe sur une bande musicale appropriée : Muse. Il parle . Je ne réponds pas. Il pose des questions pertinentes qui me donnent envie de m’échapper par la fenêtre. Il raconte qu’il regrette tout ça et qu’il pensait que nous étions amis. Arrivés à l’internat, je ne le regarde plus et répond à son au revoir. Je traverse le terrain de sport, le soleil réchauffe ma coquille. Je sens mon écharpe trempée, et quand je l’examine de plus prés, je réalise que l’eau déborde encore de mes yeux . Je me précipite dans ma chambre. Remballe mes affaires. Et décrète que ça serait une mauvaise journée.

En effet. Arrivée au lycée, une dizaine de jeunes font blocus devant les portes principales. Une manière intelligente de protester contre le Cpe que de m’empêcher d’aller à la journée de cours la plus chargée de la semaine. Une vieille amie se réveille alors. Violence. Qui est souvent accompagnée de Vulgarité et de Sarcasme. Quand l’eau se change en glace. Je manque donc de frapper les 3 idiotes de ma classe qui me racontent que je n’aurais pas de boulot si je ne proteste pas maintenant. Je lui rétorque que je ne compte pas vivre en Europe quoi qu’il advienne. Elles ne trouvent rien à répondre si ce n’est qu’elles s’en foutent, alors je passe par la porte de derrière. Parce que les idiotes ne songent pas à bloquer toutes les portes . Parce que les idiotes qui sèchent a 80 jours du bac alors qu’elles ont 6 de moyenne général viennent si peu au lycée qu’elles ne connaissent pas l’existence des portes de derrière. Et qu’elles préfèrent agiter des banderoles sur la route. Je me dit qu’elles peuvent protester tant qu’elles veulent puisqu’elles reviendront l’an prochain au lycée. Qu’importe, je passe une heure a discuter de littérature avec ma prof, au soleil qui filtre par les fenêtres, avec pour musique les djembés des clampins dehors. Elle parle de Delerm. Elle parle, du vulgum pecum. Et je sourie. Pour une fois que je comprends un professeur. Et vice versa.

L’après midi se passe en fou rire avec Théa. Et puis vient le moment où je rentre chez mon père . L’eau remonte. Cyclothymique. La tête posée sur mon sac indien,j’entend mon père me parler d’anaphores. Un homme entre dans le bureau . Il est grand, une barbe grise et des lunettes .Et une voix très douce. Il parle du temps qui passe. Et il me demande : « La vie , ça va ? » Mon père me le présente comme un anthropologue. Il me regarde tristement et me dit c’est important , qu’il ne faut pas oublier le passé, malgré tout. Quoi qu’il advienne.

Je baisse les yeux. Comment en quelques mots il m’a fait sentir qu’il a compris, et comment en quelques mots il m’a dit l’essentiel.

J’apprends plus tard que la ville a racheté son immeuble et qu’il s’est fait expulser. Ses livres ont été jetés par la fenêtre. J’imagine des ouvrages de milles auteurs se disperser dans la pollution citadine. Et je me sens encore plus triste de voir comment la culture est traîtée. Vulgum pecum.

dimanche, mars 12, 2006

Les dès qui jaunissent

Et toi , que veux tu faire plus tard ? La question sonne , résonne et tonne . Je la mâchonne et l’impose impétueusement .

Clément , les mains fines ,le regard perdu et le visage d’une fille , soulève un énième bout de papier griffonné. Je jette un œil au gribouillage et découvre un champignon qui rigole et qui fume. Jeune décadent . Je répète ma question et les yeux perdus se posent sur moi. Un regard doux, profond, posé et attentif. Un brin amusé. On dirait un chat qui regarde une sourie. Le stylo passe entre ses doigts de dessinateur. Et puis la réponse, enfin. « Je veux faire metteur en scène .»

La sarcastique que je suis ne peut s’empêcher de rigoler . « Je ferais des films intéressants, y aura pas d’amour dedans ! » . Demain sera sans amour alors.

Et toi, que veux tu faire plus tard ? La question fuse, se diffuse et m’amuse. Je l’use , perfuse et accuse mes comparses de manque de lucidité .

Marine, habillée de bleu, lunettes baissées et écriture qui gratte le papier. Une histoire fantastique est en cours dans son cerveau. Billes bleues qui ne me voient pas. « Je veux diriger un hôtel à Venise. » Je me colle au radiateur. La chaleur agrippe mes reins . Je frissonne en songeant aux brocolis au nutella.

Clément et Marine. Un hôtel à Venise et des films intéressants. Pourquoi pas des films intéressants sur les hôtels a Venise ? Pourquoi pas un hôtel qui dirigerait un film et une Marine qui mettrais en scène un Clément ? Un marin qui écrit une clément dessinant des histoires qui parle de films en agrippant les radiateurs qui tuent les brocolis et fondent le chocolat .

Et moi , personne ne m’a demandé ce que je veux faire plus tard ?

dimanche, mars 05, 2006

Tourne toi et regarde fils de pute

J’ai envie de continuer. J’ai envie de faire la pute, de prêter mon corps aux garçons ahuris. J’ai envie de les soumettre a mon refus qui résonne. Je veux qu’ils me dévorent. Chaque semaine un autre , comme avant . Jongler avec leurs prénoms , et puis les écrire .

Jouer avec ses lèvres , ses mains , sentir son souffle dans mon cou. Lui dire non d’un air douloureux. L’entendre me supplier, continuer de polir mon corps. Désire moi, je veux juste sentir que t’a envie de moi, contemple moi , adore moi , adule moi. Je passe de bras en bras , je ne suis plus moi , je me perds dans la carapace qu’il admire. Je me noie dedans. Je fais office de distraction temporaire. Je caresse la douce idée d’éphémère, je ponctue mes phrases d’amour léger, je saupoudre les idées fébriles et les emprisonnent . Je fermerais les yeux et je sentirais .

Ou sont passés les essoufflements et les émerveillements masculins ? Etait-ce mon état d’esprit précaire qui incitait à se servir de moi comme objet ? Mon abandon inconscient est il impossible à retrouver ? Jusqu’où faut-il fouiller pour se complaire dans les plaisirs de la chair ? J’ai déjà les mains pleines de terre. J’ai cassé la moitié de mes pelles . Je ne trouve plus . Ce n’est pas du sable , ni de la roche, ça s’effrite sans fin sans fond.

samedi, février 25, 2006

I'm a bitch , i'm a lover

Mon père a posé 3 mandarines au dessus de mon écran . Il avait dit d’un air faussement innocent : « Tu ne vas pas y toucher n’est-ce pas ? » . Au même moment on m’avait conseillé d’attendre un mois avant de toucher à William.

Je n’ai pas pu résister , j’ai pelé la 1ère. Elle avait un goût sec et amère . William quant à lui n’a fait qu’être le sosie de l’autre.

J’avais décidé d’oublier les fruits et le garçon. J’ai assez décortiqué avec soin pour n’avoir qu’un jus acide dans la bouche. J’ai assez appris et pris sur moi pour ne pas croquer et savourer comme il se doit. William est parti en vacances pour une semaine et la 2ème mandarine a moisi, laissant une trace grise sur le plastique. Ca s’essuie, ça glisse, si je frotte encore, il ne restera plus aucune trace.

Et maintenant ?

Il reste une mandarine. Sa feuille sèche, mais elle reste ferme. Reste à savoir si je prendrais la peine de la peler ou si je vais la laisser moisir. Tout dépend de quand il revient.

Moon


Tout a commencé sur mon ancien blog . Une page remplie de beaux garçons. Et un commentaire d’une fille qui disait quelque chose. Son adresse mail était là. Je me fichais pas mal des commentaires. Mais, ce jour là, j’ai regardé l’adresse qu’elle avait laissé. Cruelmoon . Et j’en ai conclu que je n’avais pas à faire a quelconque pimbêche. Je l’aie entrée dans mes contacts . Et sans plus. Une marocaine qui aimait et tombait amoureuse. Un contact de plus . Une histoire de plus. Des photos , des écrits , des phrases. Je lui racontais ce qu’elle voulait bien savoir. Je m’en foutais un peu à vrai dire.

Et le temps passe. J’ai discuté de plus en plus avec cette demoiselle , qui a déménagé. Loin. A casablanca. Le seul souvenir précis que j’aie d’elle prenant de l’importance, c’est Noureiev. J’avais ce panda qui avait l’air de danser. Et j’avais envie de lui envoyer. J’ai pris son adresse et je crois que la machine s’est mise en route. Celle qui indique que les gens vont devenir importants pour moi. De confidences en confidences , de phrases écrites en sourires, nous évoluions , nous racontions et dévorions la vie de l’autre. Elle aimait mes phrases, moi j’aimais ses histoires, ses remarques, ses sautes d’humeur et sa franchise. Les « je suis pas d’humeur » ou « pas maintenant j’ai dit !! » me montrait que les gens doués de franchise et de caractère existaient encore. Et j’ai aimé.

C’était pour moi une lune, symbole de la féminité, changeante , puissante, lointaine. Qui pouvait se vanter de marcher dessus ? Chacun pouvait s’imaginer l’avoir pour soi tout seul et pourtant elle inonde tout le monde d’une lueur pâle. Quand la lune est pleine , je ne peux pas dormir, elle me tient éveillée, Moon , avec ses deux o qui prolonge la prononciation, qui donne une consonance anglaise , exotique et d’une classe folle. Lorsque son croissant est pointu , acerbe et pourtant si beau on dirait qu’elle s’accroche avec le ciel. Voilà comme je l’aie vue, sentie , lue, absorbée.

Elle me donne l’impression d’être comme elle, elle comprend mes douleurs , mes sentiments, elle me montre qu’elle sait et qu’on s’en sort . Elle représente l’espoir des filles avec un cœur tout mou à l’intérieur.

Quand j’ai retrouvé cette photo d’elle , un peu hautaine , avec pour titre « et vlan ! », je me suis penchée sur mon écran et je l’aie observée. Des yeux noirs, qui brillent. Une bouche dessinée avec la douceur et la fermeté des filles qui aiment les jolis mots, et qui ont une voix douce et…sucrée. Les bouclettes qui complètent la boucle d’oreille en salamandre. Et ce cou, avec ces os qui ressortent , comme une invitation au baiser. Les yeux mi-clos, si sombre. Ce n’est que plus tard que le terme de mine m’est venu en bouche. Une mine brillante , avec des parois sombres mais attirante. Et puis quelle pierre pourrait représenter ? Une pierre lunaire ne convenait pas , ma moon n’avait pas la fadeur d’une frêle brebis . Et puis un mot , un joli mot, qu’on prend plaisir à lire à dire. Et puis le mot est venu . Ampélite. Mélange de pépite, ampère, le A majestueux qui pointe et pourfend la phrase. Voilà, ma belle Ampélite. Avec ses impressions sensées , encensées et désaxées. Elle me console et vice versa. J’essaye de faire partir les larmes avec un petit sourire. Une tristesse qui ne dure jamais. Car Moon est positive, elle rit, elle bouge, elle vit , une fille qui se réalise et malgré les belles catastrophes , se relève. Une fille chaude, un morceau de lune , un contraste entre la noirceur des situations et la lumière qui émane d’elle. Une lumière pleine et chaude. On pourrait se réchauffer rien qu’à la lire.

Je n’attends qu’une chose : de la voir. La rencontrer, la toucher, voir un sourire et l’écouter.

vendredi, février 24, 2006

Je suis l'architecte des autoroutes du ciel

Oh, c’est pas grand chose. C’est juste comme lorsque je veux partir et que je sais un peu que je resterais là. Ma mère m’a élevée au citron, difficile de ne pas être acide. Acide et désabusée, amusée d’apparence et lasse-lisse en profondeur. Comme si tout glissait a l’intérieur, rien n’accroche plus. La seule satisfaction du moment sera de planter la croix dudit lion dans un pot.

Et encore, j’en doute. Entre pixels d’écrans, msn qui se tait et crampes aux mains, je me détache de tout ces fils, ou plutôt je tire dessus. Et je m’étouffe toute seule a me débattre comme ça . J’aimerais juste comprendre comment couper, lesquels pour pas partir trop haut dans le ciel. Pour que les gens comprennent qu’ils sont ligotés. Fils de nylons, qui font mal , qui serrent la peau et la boursouflent pour certains d’entre nous. Je veux couper et m’envoler d’Europe, d’Alsace , de chez moi ,de mon ordi ,je veux partir pour ne plus jamais revenir. Je veux quitter l’occident. Quitter ce mot qui sonne comme une épice peu exotique. Je veux. On ne dit pas je veux. On dit j’aimerais. Je hais on. Je hais la masse , je hais je hais je hais. Je suis pleine de haine pour ne pas savoir couper correctement. Après tout, si je coupais un peu les fils , avec le temps je trouverais l’air d’Europe supportable, même bon a respirer. Et là se finirait ma pauvre révolte. Et là , est-ce que tout continuerait de glisser à l’intérieur ?

mardi, février 21, 2006

Apache fruitée

C’était un de ces jours où on crève de chaud. Dehors , les abeilles bourdonnaient lentement et le soleil tapait d’une lumière pleine. Une chaleur écrasante qui incite à la paresse, à l’inaction. J’étais seule dans ma maison, seule dans la pièce ,seule dans ma tête, seule devant mon ordi. Seule, comme toujours. J’avais trop dormi, mon corps encore plein de sommeil se maintenant avec peine sur le tabouret. Qu’est-ce que j’ai pu détester cet état ! S’en était trop, il fallait que je bouge, que je sorte de cette léthargie, j’avais l’impression d’être dans un congélo. Le chat, qui passait par là, ne demandait pas mieux que de m’accompagner dehors. « Hop, motivons nous ! » lui dis-je. « Rien à faire de ce que tu marmonnes , ouvre la porte ! » répondit-elle
J’ouvris donc la porte et une bouffée de chaleur nous envahit. Le chat traîna la patte vers un coin d’ombre pendant que je réchauffais mon corps . Qu’allais-je faire dans le jardin ? Je n’en avais aucune idée, mais j’avais lu il y a fort longtemps un livre nommé « 79 carrés ». J’aurais bien voulu faire comme le protagoniste mais il me semblait que le seul le chat et moi étions assez fou pour risquer une insolation. Impossible donc d’observer les fourmis. J’avançais alors pieds nus dans l’herbe chaude, à la recherche d’une idée, quand ! soudain ! mon regard se pose sur le coin fruitier du potager…
Les groseilles y pourrissaient sur pied par ma faute : je ne sortais jamais et j’étais seule depuis un mois. J’alla donc m’asseoir au milieu des groseilles, dérangeant au passage les araignées paresseuses et les sauterelles abruties. A genou sur la terre sèche, je voulais sentir la nature. J’ai approché mon nez près et des feuilles et aie reniflé. Un flou de verdure avec une odeur d’été. Les après midi trop chaude ont une odeur : celle des groseilliers. Puis, j’ai pris entre deux doigts une grappe , j’ai tiré délicatement jusqu’à sentir la tige céder. Examen approfondi du fruit : Bille translucide rouge, bulle rouge et ferme emplie de pépins, vitrine sanguinaire montrant la nature en devenir, petites perles accrochées ensembles, véritable cadeau de la terre. Les branches plient sous le poids desdits cadeaux, je décide donc de les soulager. Avec précautions, je cueille toutes les grappes, laissant celles, qui , n’ayant hérité que d’une tige , poussent en solo et donnent un petit air d’arbre de Noël. Les oiseaux gourmands, ou même les fourmis ou les araignées ont le droit de savourer elles-aussi ! J’écume et vide les arbustes à ma portée , la tâche en devient mécanique et rapidement mon travail s’achève. Me voilà donc avec un tas de groseilles devant moi. Qu’en faire ? L’espace d’un instant je caresse l’idée d’en faire de la confiture et le rêve fou d’enlever les pépins à la plume d’oie me séduit. Je me ravise : je sais à peine faire cuire des pâtes… J’en croque une en attendant de trouver une solution. Amère mais sucrée. Je n’aime pas cette ambiguïté. J’en prend une autre entre mes doigts et la fait éclater. La peau et les pépins me restent sur les ongles, une bouillie rouge me dégouline sur les mains. Le soleil tape fort sur mes cheveux , le noir attire et absorbe la lumière, j’ai chaud mais qu’importe. Je prends une poignée de groseilles et referme lentement ma main. Je les broient. A nouveau de la bouillie rouge et des pépins collants. Ma main colle, elle est fraîche du sang des fruits. Je dessine 2 traits parallèles sur mes joues parce que je suis une apache. Me voilà baptisée. J’attrape deux nouvelles poignées et ferme les yeux. Et je sens toutes ces peaux fragiles qui cèdent sous la pression, tout ce sang qui coule sur mes poignets, toute cette chaleur qui m’abrutie, et je me sens bien .
J’étale le jus sur mes joues, je me barbouille de sang chaud, je deviens groseille à mon tour. J’écrase de plus belles entres mes mains nerveuses tout les fruits. Et repeint mon visage. Je suis beaucoup de choses . Je colle et ma peau se tend. Craquera-t-elle un jour aussi sous la pression parce que j’aurais poussé au mauvais endroit, un mauvais jour ? Le chat s’approche et me considère d’un air moqueur. L’envie me prend de le tartiner lui aussi, mais elle me ferait la gueule pour au moins une semaine, or c’est ma seule compagnie… D’un trait sanguinaire je redessine mes lèvres et mes lobes d’oreilles.
Je suis une groseille géante , pleine de pépins , pleines de grains.

dimanche, février 19, 2006

Instant


Il vient de partir, aussi vite qu’il est venu. Vroum.
J’arrive dans la cuisine délaissée depuis 2 jours , il faut faire quelque chose. Mais en musique. Je me penche sur la vieux lecteur et attrape un cd de mon enfance. Le chat grimpe sur la table et me fusille du regard. Dehors , la pluie s’oblique sous le vent et j’agrippe l’éponge. La musique commence, les violons vibrent , l’eau qui coule du robinet prend une teinte transparente. Un filet d’eau tiède qui arrose les ustensiles abandonnés. Je frotte doucement, je fais mousser et j’observe par la fenêtre. Un paysage qui n’a jamais changé depuis que nous avons emménagé ici. Une maison rose en face , une allée de garage , un noisetier qui vacille et toujours cette épaisse masse verte de talus. Les nuages s’affolent, le vent les brutalise , ils se pressent , j’habite pourtant rue mistral… Les verres s’empilent dans l’égouttoir, leur transparence me captive. Soudain , un rayon de soleil tombe dans l’évier, et tout s’enchaîne. Un air de piano se fait entendre, mon air favori… La lettre à Elise. L’interprète caresse les touches, je le sens je le sais, même après tant d’années d’écoute, l’enregistrement ne ment pas. L’astre lumineux joue sur les coupes translucides mais pourtant dehors la bataille fait rage . Contraste d’une après-midi de février. Qui du soleil borné et charmeur ou des nuages lourds de sens et de tristesse va gagner ? Les mains dans la mousse blanche, j’aime regarder, à l’abri des caprices, la sempiternelle lutte d’une seule et même nature. Si lumineux et si venteux que soit ce paysage, je ne désire même pas d’arc en ciel. Je préfère les couleurs vertes et ensoleillées. Tout s’accorde , tout est parfait , l’instant existe , il est . Le piano, le chat, la mousse, le vent, le soleil et les arbres secoués. La douceur qui règne a l’intérieur et le chaos du dehors. Je me sens chez moi, ou plutôt, j’ai l’impression que mon esprit s’est agrandi a l’échelle de la pièce. Une cuisine ensoleillée qui assiste au chaos des éléments . Et qui tente de conserver sa paix… intérieure

Quand le monsieur caresse les touches dans ma tête P.S: Lien modifié , en espérant que ça fonctionne à présent .. merci Flo de m'avoir prévenue ^^

mardi, février 14, 2006

Le goût recherché de l'eau


Il pleut sur mon corps comme il pleut sur la ville . Ou sur ma campagne ingrate. Il pleut de l’eau chaude. L’eau qui lave , purifie et donne envie d’ouvrir grand la bouche. L’eau fumante qui coule le long des cheveux , le long des bras , des jambes. L’eau qui serpente finement et qui perle sur la peau. Très vite , les parois de la douche s’embuent , impossible de voir ce qui se passe hors de ma prison de verre. Je suis coincée ici , pour mon plus grand plaisir. Alors je tourne sur moi-même et les gouttes se suicident contre les vitres , s’échappent de mes cheveux pour s’écraser ailleurs, se diviser et vivre autre chose. Autre chose qu’une longue descente sur ma peau . Autre chose qu’une fin programmable dans les tuyaux. Je laisse les gouttelettes a leurs parcours, elles en verront d’autres , des rêveuses. Et puis discuter avec elles ne me passionne pas particulièrement aujourd’hui. Je laisse le pommeau distribuer l’eau de plus en plus chaud. L’onde qui embrasse mes cils , mes joues , mes lèvres. L’onde qui les contourne , qui les épouse et qui les aime , le temps de se prêter au jeu de la gravité terrestre. L’eau qui scelle mes paupières , elle les alourdie, je ne peux plus ouvrir les yeux…
Un bruit attire mon attention . Je me frotte rapidement les paupières pour chasser les gouttes. Et ce que je vois m’étonne : une de mes chaussettes se tortille sur le carrelage. Depuis quand se déplace-t-elle sans sa jumelle ? Il y a de l’émancipation dans l’air… Ma culotte de collégienne se pâme près de la corbeille à linge , elle joue les papillons nouveaux. Petit manège qui ne trompe personne, mon pantalon tape de la jambe impatiemment, c’est lui l’aîné dans cette affaire, il veut du silence , de la concentration. Mon soutient gorge , à défaut de s’immoler pour quelconque révolution, escalade le lavabo et s’accroche timidement au robinet. Mais je t’en prie, épouse le donc, marie toi avec lui, je crois que seule ma mère s’opposera à votre union qu’elle qualifiera de « bordel incommensurable ». J’en ai assez , j’ai subitement trop chaud, l’eau à 45degrés me déplait, mon bien-être s’évapore. Je sors précipitamment en bousculant tout mes pauvres habits qui croyaient sans doute s’amuser aujourd’hui. J’agrippe mon fidèle peignoir et enfourne tout les tissus dans la corbeille, quelques secondes avant l’arrivée réprobatrice maternelle. Après tout , on lave notre linge sale en famille…

dimanche, février 12, 2006

Histoire de piaillements

L’alcool dilate les nerfs en surface , m’a-t-on dit . Ce qui explique le fait que je meurs de chaud . Mes cheveux poussent et grandissent , je me balade avec un nid d’oiseau sur la tête , ça pépie dans tout les recoins . Chut la haut, je n’arrive plus à marcher droit ! Je pousse la porte et manque de tomber , bah oui cette marche , elle n’étais pas là quand je suis arrivée … Pourquoi les oiseaux s’agitent comme ça ? Que se passe-t-il ? Je cesse de bouger et me concentre sur ma chevelure . Soudainement le vent soulève une mèche et je vois ce qui affole tant mes chers volatiles : un serpent . Un serpent noir qui boucle et se prend pour un tire bouchon sur ma tête . Je pince le reptile entre deux doigts et le glisse derrière mon oreille , pour qu’il me susurre toutes les tentations dues au breuvage fermenté.
Avec ce précieux conseiller , me voilà partie pour une autre nuit où les garçons feront de moi un corps apprécié et où je ferais de leurs prénoms une raison d’être pour quelques heures. J’avance , je titube mais continue droit devant , sur le terrain de basket trop usé. Soudainement , le vent décide de se retourner contre moi . Il me donne froid et me fige . Mes oiseaux meurent les uns après les autres dans mes cheveux . Je suis transie de froid avec des cadavres d’oiseaux sur la tête . Il faut trouver refuge si je ne veux pas finir comme eux.
Une voiture , noire , est ouverte . Il s’en échappe de la fumée. J’avance vers cet étrange véhicule. Sans plus réfléchir je m’y engouffre et referme la porte. Il fait chaud dans l’habitable, je me détends je dors un peu même. De quoi ? Les oiseaux ne l’ont pas retenus , moi non plus .
Quelqu’un effleure les volatiles. J’ouvre les yeux . Un jeune homme me regarde. La première phrase qui me vient en bouche n’est pas très belle , ni très amicale . « Qu’est-ce que tu fous là ? » « C’est ma caisse ! » m’entend-je répondre sur le même mode sympathique. Je souris . Et puis après tout , j’ai peut-être trouvé un prénom de plus a mettre en valeur , d’autres mains vont sans doute m’honorer ce soir . Alors je parle, je m’approche, je frissonne, je tends mes mains pour qu’il me les réchauffent. Il me considère et refuse tout contact. Soit .
Ce n’est pas si grave après tout, j’arriverais enfin a passer une soirée sans contact masculin, je me réchaufferais par l’esprit. Je pourrais parler et ne plus fermer les yeux.
Les vitres givrent à l’intérieur, mes oiselets se figent , se cristallisent dans les caprices du temps. Et je parle , et je parle . Les yeux ouverts , enfin … Je lui demande où je suis , qui est-il et pourquoi et comment et quand , j’ai des points d’interrogations plein la bouche. Et brutalement, ma voisine me ramène à la réalité et chez moi. Je dis au revoir de la main , de loin . Et je m’endors sur mes oiseaux fatigués , givrés et ivres de paroles . Le lendemain matin , je trouve sur mon portable une petite enveloppe , un message d’un certain William. Qui me demande s’il a rêvé hier soir .

lundi, février 06, 2006

Ah ces mortels ...

« Si six singes éternels tapaient éternellement sur six machines à écrire
éternelles, un jour ils reproduiraient par la seule force du hasard un psaume, un
sonnet de Shakespeare ou un livre entier » nous dit Thomas Huxley .


« Concevons qu'on ait dressé un million de singes
à frapper au hasard sur les touches d'une machine à écrire et que […] ces singes
dactylographes travaillent avec ardeur dix heures par jour avec un million de
machines à écrire de types variés. […] Au bout d'un an, [leurs] volumes se
trouveraient renfermer la copie exacte des livres de toute nature et de toutes
langues conservés dans les plus riches bibliothèques du monde. » raconte Eddington en 1929.

« Si nous
passions en revue les millions de millions de pages écrites par des millions de
millions de singes pendant des millions de millions d'années, nous pourrions
être sûrs d'y trouver un sonnet de Shakespeare, produit au petit bonheur la
chance. De même, des millions de millions d'étoiles errant au hasard pendant
des millions de millions d'années ont dû forcément rencontrer toutes sortes
d'accidents et produire à la longue des systèmes planétaires. D'autant que les
étoiles sont beaucoup plus nombreuses que les singes. » continue Sir James Jeans un an plus tard.


Brett Watson, mathématicien,( oui ca rigole plus) en 1995, dans l'ouvrage :Les singes récrivant Hamlet, étude de
faisabilité : « Prenons 17 milliards de galaxies. Chaque galaxie contient 17
milliards de planètes habitables et chaque planète est habitée par 17 milliards
de singes. Chaque singe de chaque planète de chaque galaxie tape une ligne
chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque jour de chaque
année, sans jamais s'arrêter, pendant 17 milliards d'années. Au terme de tout
ce temps, il y aurait encore 99,99999999999 % de chance pour que cette unique
ligne de 41 caractères ne soit toujours pas retapé : To be or not to be, that is the
question.
Autres calculs. Si un seul singe prétendait pouvoir retaper au hasard un seul
livre de 40 mille mots, son entreprise réussirait en 20 milliards d'années, une
durée équivalant à l'âge de l'univers, s'il tapait à la vitesse d'un trillion trois
millions deux cent quatre vingt quinze mille huit cent vingt et une frappes à la
seconde. Un trillion, c'est un milliard de milliards. Pauvre singe. Un milliard
de milliards trois millions deux cent quatre vingt quinze mille huit cent vingt et
une frappes à la seconde, c'est très rapide. Rien dans le monde physique
n'approche cette vitesse de près ou de loin.»



Et dans Macbeth,on entend : Maintenant, que
Dieu t'aide, pauvre petit singe !

Fais un voeux ou deux je te prie

Il se lève , appuie sur un bouton et la musique commence . Il ferme les yeux et s’imprègne du tempo. Son pied tape en rythme, ses épaules oscillent , les yeux fermés les yeux fermés , son bassin commence a onduler . La chanson commence , boum il fait trois pas en arrière et ouvre les yeux , chante : « Si Ali baba a 40 voleurs , Shérazade est une histoire de cœur … » Je ne reconnais pas sur le coup alors il s’approche en grimaçant. Je devrais compter le nombre de fois que je l’ai regardé chanter en play back , juste pour oublier le temps et juste :sourire . « Je suis votre meilleur ami » articule-t-il avec des étoiles plein les yeux. Assise sur son lit moelleux , je décide de ne pas bouger non mais . « Je suis un génie , un grand magicien , mon tour favori , c’est le coup du lapin ! » mime-t-il en tirant la langue sur le coté . Je ris et il attrape ma main, malgré mes larges gestes négatifs : nooooooooon lâche moiiii hugooooooo . Il s’en fout le bougre , il me soulève , m’entoure de ses bras et me fait voltiger : « Whouuu tu vois ce que je vois ?? » . Bouark mon repas commence a se manifester dans mon estomac … lâche moi j’ai reconnu la chanson . Un salut militaire plus tard et me voilà les fesses sur le tapis Boum je viens de faire une descente d’un 1m50 directement sur mon postérieur. D’accord il est rembourré mais ce n’est pas une raison ! Il tourne le bouton du son au maximum et tombe a genoux devant moi « Tu as un génie comme chargé d’affaires , je te soutiendrais , je t’appuierais, quel est ton vœux dis moi quel est ton souhait » hurle-t-il en écrasant mes joues entre ses mains ! Il se relève et me chatouille pour que je fasse de même « Je suis ton génie »il tourne autour de moi a cloche pied « je suis ton ami , oh oui , je suis ton ami » la bouche grande ouverte il couvre la chanson de sa voix éraillée , « je suis ton ami je suis ton ami … » quel mégalo je l’adore «mais oui je suis … » humpf je l’adore moins il me saute dessus «ton .. meeeeeeeeeilleur » nous voilà sur son lit «AAAAAAAAAAAAaaaaaamiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii » .

C’est officiel , j’ai perdu au moins 5 décibels dans chaque oreille .


Pour entendre a quoi ressemble un génie en délire, c'est par içi "Je suis ton meilleur ami-Aladin"

dimanche, février 05, 2006

Lettre motivée

Le dimanche 5 février 2006



Au Monsieur Responsable qui va lire ma lettre,


Par la présente , monsieur , je vous informe que je suis géniale . Oui, parce qu’en plus de savoir écrire a l’ordinateur, je sais compter jusqu'à 10 malgré le fait que je confonde les plus et les foi , ce qui peut poser quelques problèmes en caisse…
Lorsque je me concentre , j’arrive à ne pas confondre les différents cartons et il me semble que j’aie les capacités pour ranger correctement les fromages les jours où je suis de bonne humeur .
Je partage un amour inconsidéré pour les néons de votre magasin et rien ne me ferait plus plaisir que de passer mes vacances d’été ainsi que mes week-ends à la chaleur bienveillante du rayon congélation .
Vous l’aurez compris ,je serais ravie de travailler au sein de votre équipe et cette expérience m’apprendrais ce qu’est la vraie vie occidentale .
Je me tiens à votre disposition puisque vous êtes censé être le patron tout puissant , en espérant vous avoir convaincu de ma bonne foi .

Avec tout le non-respect que je dois à un arriviste blasé dans votre genre , veuillez agréer, mon mépris le plus profond .

mercredi, février 01, 2006

The poetry of softnesses

Cours d’allemand et néons a pleins tubes , je tente de m’endormir sur ma table lorsqu’une petite main me gratouille le bras . Je lève la tête d’un air grognon et voit Laura qui me tend une feuille avec un sourire au coin des lèvres . Encouragée par sa bonne humeur , j’agrippe le morceau de papier et entreprend de le lire : « Je vais acheter du Volvic fraise , tu viens avec moi ? ». Je ris . Elle a une écriture enfantine , ses lettres bouclent un peu partout et elle écrit de travers . Mon exclamation la fait se retourner et elle prends mon sourire comme un oui .
Me voilà donc partie pour marcher dans la ville polluée sous le crachin Strasbourgeois pour acheter du Volvic fraise avec une rêveuse. En descendant et montant les escaliers , elle me raconte la saveur délicate d’une eau aromatisée à la fraise, l’apparence si trompeuse avec de l’eau normale accroit le plaisir et la surprise d’un gout fruité . Mon pantalon collé aux jambes et le vent en pleine figure , je ne demande qu’à la croire . Je l’observe du coin de l’œil : rousse aux cheveux mi longs, elle a un visage rond et pâle , des yeux semblables a des billes lui donnant des fois un air méchant alors qu’elle rêve à d’autres mondes . Petite mais fine , son long manteau noir voltige derrière elle et le vent fouette sa chevelure , mordant son cou si blanc . Combien de temps avant qu’elle ne frissonne, combien de temps avant qu’elle ne réalise le temps qu’il fait , combien de temps jusqu'à ce qu’elle cesse de voir des bouteilles de Volvic fraise coulant a flot ? Elle va nous tomber malade, elle ne pourra plus me raconter comment elle imagine des danseuses dans les arbres , ni comment elle a pu finir son point de croix au coin du feu. Laura. Au magasin, elle fonce sur deux grandes bouteilles translucides et se hâte de payer. Je lui en porte une : une fille si nuageuse ne peut pas être alourdie par son plaisir mis en bouteille. Sur le chemin du retour, elle me fait une confidence : elle va me montrer un lieu magique. Je ne demande qu’à voir. Sentir me corrige-t-elle.
Dans la rue, elle me tire sur la manche pour que j’accélère, elle ralentit, bifurque et s’arrête net. Nous sommes devant une boulangerie qui semble diffuser des ondes colorées. Elle pousse la porte et un souffle à l’odeur de pain chaud m’enveloppe. Je ferme les yeux et les nuits passées sur les toits en Tunisie me reviennent en mémoire. Quand je les rouvre, Laura me détaille. Elle fait partie des gens qui savent respecter le silence rêveur. Elle perçoit le feu follet qui émane d’une personne qui part dans un autre monde. Puis son attention est attirée par les petites douceurs exposées : pains au chocolat, beignet, mousses, tartelettes, brioches, baguettes et autres inventions divines. La tête légèrement penchée sur le coté, ses cheveux épousent la lumière du fond et lui forment une auréole sur la tête. L’aura.
« Tu prendrais quoi si tu avais de la monnaie ? » . Tiens , elle a noté que je n’ai jamais un sous en poche … J’ai bien un centime dans ma chaussure gauche ( lubie d’un autre tombé du ciel de ma classe) mais il est sensé me porter bonheur. Je lui confie que je prendrais un pain au chocolat et voilà qu’elle me le prend qu’elle en commande un. Je me promet de revenir avec elle à l’improviste pour lui offrir moi aussi quelque chose de son choix. Elle prend un beignet et nous quittons l’antre de chaleur pour affronter la pluie sournoise. Nous arrivons sur le pont lorsqu’une question me taraude : Comment s’appelle la boulangerie que nous venons de quitter ?
L’aura me répond : La poésie des douceurs .